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La vie à un fil

CARE 2010Loetitia Raymond
Port-au-Prince

A cet instant fragile où la vie vient au monde, où un enfant quitte le cocon chaud du ventre de sa mère, un geste peut tout changer, faire basculer un heureux événement en une triste nouvelle.

Wadneica ne mesurera peut être jamais la chance qu’elle a eu d’ouvrir les yeux le 20 janvier sur la place Saint Pierre, à même le sol, posée sur des cartons d’emballage usagés. Il est 9h du matin quand Joane Kerez, donne le jour à 20 ans à son premier enfant sous une bâche en tissu avec pour seul accompagnement sa mère à ses côtés. Autour les gens s’affairent, des curieux s’entassent autour du petit espace d’à peine 2m2 laissant difficilement la jeune femme enceinte respirer.

« Il y avait des gens autour qui me regardaient. J’aurai aimé être ailleurs, dans un endroit plus propre et sans tous ces regards posés sur mon corps » dit-elle avec pudeur. Pas moins de 6000 personnes « (sur) vivent » sur cette place bondée où chaque parcelle est occupée par des sinistrés du tremblement de terre. Les enfants jouent au milieu des déchets, se lavent dans les caniveaux, les femmes cuisinent dans des odeurs pestilentielles puisque tous urinent en plein campement faute de sanitaires. La mère de Joane coupera le cordon ombilical avec une lame de rasoir non désinfectée et pour toute eau celle d’un réservoir que CARE a installé la veille. 5000 litres d’eau approvisionnés au gré des besoins.

CARE 2010« Heureusement que CARE a installé la citerne, sinon j’aurai dût prendre l’eau qui sort du tuyau au bout de la rue ».

Pas de savon, pas de serviette propre, pas de désinfectant, pas de médecin, encore moins un équipement médical minimum en cas de complication. Aucune femme occidentale ne pourrait imaginer un seul instant accoucher dans de telles conditions ! Et pourtant l’accouchement de Joana n’a rien d’extraordinaire, depuis le 13 janvier, des centaines d’autres femmes haïtiennes sont contraintes donnent la vie à côté des poubelles dans les rues de Port-auPrince.

Toutes se plaignent du manque de place, de la chaleur mordante qui brûle la peau des petits lorsque le soleil est à son zénith. Alors elles emmitouflent les bébés dans des tissus et serviettes pour les protéger. Les enfants ont certainement trop chaud, et quand on sait qu’il n’y a pas d’eau, la déshydrations menace. Heureusement que nos équipe ont distribué des pastilles de purification de l’eau.

Dans un contexte aussi difficile les femmes enceintes et les nourrissons sont d’autant plus vulnérables. En voyant ces femmes, plus que jamais l’existence me semble fragile, suspendue à ce fil qui peut se rompre à chaque instant. Il suffit parfois de petits riens pour que ces mères et leurs enfants puissent mieux faire face. Alors nous allons continuer à leur distribuer ces biens élémentaires et faire pencher l’accouchement et les premiers pas de ces enfants du côté de la vie.

 

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