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Profile : Mildrède Béliard
Les Haïtiens se battent pour reprendre le cours normal de la vie au lendemain du séisme de janvier. Celle qui soutient les efforts de CARE pour aider son peuple à se rétablir pourrait écrire plusieurs tomes sur sa propre vie. C’est elle qui documente l’intervention d’urgence de CARE et les programmes de développement à long terme en recueillant des témoignages personnes qu’elle partage avec des journalistes et des amis de CARE dans le monde entier.
Mildrède Béliard, 32 ans, dispose d’une énergie contagieuse et d’un esprit généreux et s’applique à faire toute une différence en Haïti. Journaliste d’expérience, et plus récemment attachée de presse au ministère haïtien de la femme, elle a joint les rangs de CARE depuis quatre mois, peu après le séisme. Chez CARE, Mildrède pense que les Haïtiens jouent un rôle actif et décident du meilleur pour eux-mêmes. Elle croit fermement à la mission. « C’est davantage qu’un emploi, dit-elle, fière. C’est un investissement de soi. »
À la suite de sa propre expérience au cours du tremblement de terre, Mildrède aurait pu facilement désespérer. La maison familiale, que sa mère veuve avait pu garder au prix de longs efforts, a été détruite. Mildrède a passé plusieurs heures à rechercher des rescapés dans les décombres de son voisinage. À un moment, elle a participé à la recherche du corps de son patron et mentor, le directeur général du ministère de la femme. Le séisme a enlevé la vie à trois des plus célèbres leaders féminins du pays, notamment Myriam Merlet, économiste et féministe réputée qui a coiffé le ministère de la femme de 2006 à 2008.
Au matin du 12 janvier, Mildrède avait rencontré Myriam pour discuter d’un projet de vidéo destinée à lutter contre les stéréotypes envers les femmes. Myriam croyait que ces stéréotypes encourageaient la violence envers les femmes et contrecarraient leurs efforts à la participation politique. Le projet ne vit jamais le jour, Myriam ayant péri quelques heures plus tard dans les décombres.
Cette tragédie inspira Mildrède en renouvelant son énergie. Son objectif visait à améliorer la vie des femmes et des filles haïtiennes. Elle déclara qu’elle avait la possibilité de quitter le pays pour une vie plus confortable à l’étranger, mais pour elle, « laisser le pays dans une situation aussi dramatique serait le trahir; de tels moments nous apprennent à sortir nos tripes. »
Mildrède a toujours été une battante. Elle suivait la trace de ses parents. Son père est décédé en prison, alors qu’elle avait 9 ans, pour sa dénonciation du régime Duvalier. Sa mère éleva toute seule huit enfants et fut contrainte de vendre ses maigres biens pour survivre. Mildrède voulait apporter son aide d’une façon ou d’une autre. Elle s’appliqua à poursuivre des études et obtint une bourse pour un établissement prestigieux. Le principal fut impressionné par elle et la prit sous son aile. La mère de Mildrède fut employée à la cafétéria de l’école.
« J’éprouve de la gratitude envers ma mère. Elle a accompli l’impossible pour nous élever; elle s’est battue pour nous offrir une éducation convenable, dit Mildrède. Ma mère nous a appris à apprécier l’humanité. Même quand notre garde-manger était vide, elle trouvait un petit quelque chose pour un voisin qui avait faim. »
À 13 ans, Mildrède perça dans le domaine du journalisme pour une émission radiophonique. À 16 ans, elle enseigna à des enfants captifs de la servitude domestique, un phénomène social troublant en Haïti. Elle a combattu également pour réduire les grossesses adolescentes et sensibiliser la jeunesse aux VIH et au sida. Elle a encouragé les jeunes à la lecture, pendant qu’elle-même poursuivait ses études journalistiques. À 27 ans, elle déménagea à Port-au-Prince et travailla dans des chaînes télévisées avant d’être embauchée au ministère de la femme.
Mildrède n’a jamais regretté ces années difficiles. Elle déclare qu’elle aimerait que les jeunes haïtiens renforcent leur propre pouvoir et leur expression dans l’avenir de la nation. D’après elle, les Haïtiens disposent d’une « force exceptionnelle, nous pouvons nous relever. »
Mildrède influence clairement ceux qu’elle aide. « Ma première expérience frappante fut une entrevue avec une adolescente violée, raconte-t-elle. Mildrède réconforta la jeune fille, ce qui l’encouragea à porter plainte pour empêcher que d’autres en soient victimes. La plupart des victimes de viol gardent le silence. Cette expérience renouvela la détermination de Mildrède dans son combat pour l’avenir. « Jouer un rôle actif m’a aidée à repartir, à renouer avec la confiance en moi. Je ne suis pas seule. »
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